Apollo 1

La NASA (National Aeronautics and Space Administration) est l’agence spatiale civile des États-Unis. Créée le 29 juillet 1958 et officiellement opérationnelle le 1er octobre de la même année, elle naît dans le contexte de la guerre froide et de la compétition technologique entre les États-Unis et l’Union soviétique. Depuis plus de soixante ans, elle incarne l’une des plus extraordinaires aventures scientifiques et humaines de l’histoire : comprendre l’Univers, explorer le système solaire et repousser les limites de la présence humaine dans l’espace.

Des premiers astronautes à la conquête de la Lune

Après le lancement soviétique de Spoutnik 1 en 1957, les États-Unis accélèrent leur programme spatial. Avec le programme Mercury, la NASA envoie ses premiers astronautes dans l’espace. En 1961, Alan Shepard devient le premier Américain dans l’espace, puis John Glenn réalise en 1962 le premier vol orbital américain.

Le programme Gemini, entre 1965 et 1966, constitue ensuite une véritable répétition générale de la conquête lunaire : vols de longue durée, rendez-vous orbitaux, amarrages et sorties extravéhiculaires.

Mais c’est le programme Apollo qui fait définitivement entrer la NASA dans l’Histoire. Le 20 juillet 1969, lors d’Apollo 11, Neil Armstrong et Buzz Aldrin se posent sur la Lune tandis que Michael Collins demeure en orbite. Armstrong devient le premier homme à marcher sur un autre monde. Entre 1969 et 1972, douze astronautes américains marcheront sur la surface lunaire, rapportant sur Terre des centaines de kilogrammes de roches et permettant des avancées considérables dans la connaissance de notre satellite.

Des navettes spatiales à l’exploration du système solaire

Après Apollo, la NASA développe Skylab, puis la navette spatiale, utilisée de 1981 à 2011. Les cinq navettes opérationnelles — Columbia, Challenger, Discovery, Atlantis et Endeavour — permettent de placer des satellites en orbite, de mener des expériences scientifiques et de participer à la construction de la Station spatiale internationale (ISS).

Parallèlement, la NASA devient une formidable exploratrice robotique. Les sondes Voyager étudient les planètes géantes avant de poursuivre leur voyage vers l’espace interstellaire. Les missions Viking, Pathfinder, Spirit, Opportunity, Curiosity et Perseverance transforment notre connaissance de Mars. D’autres missions explorent Jupiter, Saturne, Pluton, des astéroïdes et le Soleil.

La NASA observe également l’Univers grâce à de grands télescopes spatiaux. Hubble, lancé en 1990, révolutionne l’astronomie. Depuis 2022, le télescope spatial James-Webb, développé avec l’ESA et l’Agence spatiale canadienne, permet d’observer des galaxies extrêmement lointaines et d’étudier l’atmosphère de certaines exoplanètes.

Retourner sur la Lune pour préparer Mars

Aujourd’hui, la NASA prépare une nouvelle étape avec le programme Artemis. Son ambition est de ramener des astronautes autour puis sur la Lune, d’y développer une présence humaine plus durable et d’utiliser cette expérience pour préparer, à plus long terme, les futures missions habitées vers Mars.

De Mercury à Artemis, de la Lune aux confins du système solaire, la NASA représente bien davantage qu’une agence spatiale. Elle symbolise la rencontre de la science, de l’exploration, de la technologie et du courage humain. Chaque mission prolonge une même ambition : franchir une nouvelle frontière pour mieux comprendre la Terre, l’Univers et la place de l’humanité dans celui-ci.

1958–1963 Mercury

Le programme Mercury : les premiers Américains dans l’espace

Lorsque la NASA est officiellement créée en 1958, les États-Unis découvrent avec inquiétude qu’ils ne sont plus seuls à pouvoir prétendre conquérir le ciel. Le 4 octobre 1957, l’Union soviétique a placé Spoutnik 1 en orbite, premier satellite artificiel de l’histoire. Une nouvelle frontière vient de s’ouvrir : l’espace. Dans le contexte de la guerre froide, la conquête spatiale devient à la fois une aventure scientifique, une démonstration technologique et une compétition politique. C’est dans cette atmosphère que naît le programme Mercury, première grande aventure spatiale habitée américaine.

Mercury : apprendre à envoyer un homme dans l’espace

L’objectif paraît aujourd’hui simple, mais il représentait alors un formidable défi : placer un homme dans l’espace, vérifier qu’il pouvait y vivre et travailler, puis le ramener sain et sauf sur Terre.

Personne ne savait encore précisément comment le corps humain réagirait à l’apesanteur. Un astronaute pourrait-il respirer normalement ? Voir correctement ? Piloter un véhicule ? Supporter les accélérations du lancement et de la rentrée atmosphérique ? Conserver ses capacités intellectuelles ?

La capsule Mercury fut conçue pour répondre à ces questions. Minuscule, elle n’accueillait qu’un seul astronaute. Sa forme conique permettait de résister à la rentrée dans l’atmosphère grâce à un puissant bouclier thermique. Après cette rentrée spectaculaire, la capsule descendait sous parachute avant d’amerrir dans l’océan, où astronautes, hélicoptères et bâtiments de l’US Navy attendaient son retour.

Avant de risquer une vie humaine, la NASA multiplia les essais. Des capsules inhabitées furent lancées, puis des animaux participèrent aux expérimentations. En janvier 1961, le chimpanzé Ham effectua notamment un vol suborbital et démontra qu’un être vivant pouvait accomplir des tâches pendant un vol spatial.

Les Mercury Seven

En avril 1959, la NASA présenta au monde ses sept premiers astronautes : Scott Carpenter, Gordon Cooper, John Glenn, Virgil « Gus » Grissom, Walter Schirra, Alan Shepard et Deke Slayton.

Ils entrèrent immédiatement dans la légende sous le nom de Mercury Seven.

Tous étaient pilotes militaires et, pour la plupart, pilotes d’essai. Ils avaient l’habitude des appareils expérimentaux, des grandes vitesses et des situations où une erreur pouvait être fatale. Mais devenir astronaute exigeait encore davantage. Ils suivirent une préparation extrêmement exigeante : centrifugeuses, simulateurs, tests médicaux, entraînement à la survie, étude des systèmes de la capsule et exercices de récupération en mer.

Pour l’Amérique, ces sept hommes devinrent rapidement les nouveaux visages de la conquête spatiale.

Alan Shepard : le premier Américain dans l’espace

Le 12 avril 1961, l’Union soviétique porta un coup spectaculaire aux ambitions américaines : Youri Gagarine devint le premier homme dans l’espace et le premier à effectuer une orbite autour de la Terre.

Les États-Unis devaient répondre.

Le 5 mai 1961, Alan Shepard prit place dans la capsule Freedom 7, installée au sommet d’une fusée Redstone.

Son vol ne dura qu’environ 15 minutes. Shepard ne réalisa pas une orbite complète : sa trajectoire était suborbitale. Il atteignit néanmoins environ 187 kilomètres d’altitude avant de revenir vers l’Atlantique.

Pour la première fois, un Américain était allé dans l’espace.

Quelques semaines plus tard, le président John F. Kennedy transforma cette réussite en une ambition considérablement plus grande : envoyer un homme sur la Lune et le ramener sain et sauf sur Terre avant la fin de la décennie.

Mercury devenait ainsi la première marche conduisant vers Apollo.

Gus Grissom et Liberty Bell 7

Le 21 juillet 1961, Gus Grissom réalisa le deuxième vol habité Mercury à bord de Liberty Bell 7.

La mission fut réussie, mais son retour devint spectaculaire. Après l’amerrissage, l’écoutille de la capsule s’ouvrit prématurément. L’eau pénétra rapidement à l’intérieur. Grissom dut quitter la capsule et fut récupéré, tandis que Liberty Bell 7 sombra dans l’Atlantique.

L’incident rappela brutalement que la conquête spatiale demeurait une entreprise dangereuse.

John Glenn : l’Amérique entre en orbite

Le véritable tournant arriva le 20 février 1962.

À bord de Friendship 7, propulsée par une fusée Atlas, John Glenn devint le premier Américain à effectuer un vol orbital autour de la Terre.

Il réalisa trois orbites en 4 heures et 55 minutes.

Des millions de personnes suivirent la mission. Glenn observait la courbure de la Terre, les océans et les continents défilant sous sa capsule à près de 28 000 km/h. Pendant le vol, une indication laissa craindre un problème avec le bouclier thermique. Les contrôleurs décidèrent de modifier la procédure de rentrée par précaution.

Friendship 7 traversa finalement l’atmosphère sans catastrophe et amerrit dans l’Atlantique.

John Glenn devint instantanément un héros national.

Des vols toujours plus ambitieux

Mercury devait maintenant démontrer qu’un homme pouvait rester longtemps dans l’espace.

Le 24 mai 1962, Scott Carpenter effectua trois orbites avec Aurora 7. Son amerrissage eut lieu à plusieurs centaines de kilomètres du point prévu, provoquant quelques instants d’inquiétude avant sa récupération.

Puis, le 3 octobre 1962, Walter Schirra réalisa avec Sigma 7 une mission de six orbites particulièrement précise. Son vol démontra qu’un astronaute pouvait gérer efficacement l’énergie, les systèmes et l’orientation de sa capsule.

Enfin, Gordon Cooper réalisa la dernière et la plus ambitieuse mission du programme.

Les 15 et 16 mai 1963, à bord de Faith 7, il accomplit 22 orbites en un peu plus de 34 heures. Plusieurs systèmes électriques rencontrèrent des difficultés vers la fin du vol. Cooper dut effectuer certaines opérations manuellement et réussit une rentrée remarquable.

Mercury avait atteint son objectif.

Six vols qui ouvrirent la route de la Lune

Au total, six missions Mercury habitées furent réalisées :

Freedom 7 — Alan Shepard — 5 mai 1961
Liberty Bell 7 — Gus Grissom — 21 juillet 1961
Friendship 7 — John Glenn — 20 février 1962
Aurora 7 — Scott Carpenter — 24 mai 1962
Sigma 7 — Walter Schirra — 3 octobre 1962
Faith 7 — Gordon Cooper — 15-16 mai 1963

Deke Slayton, initialement sélectionné pour voler, fut temporairement écarté pour raisons médicales. Il jouera néanmoins plus tard un rôle essentiel dans l’organisation du corps des astronautes avant de voler lui-même lors de la mission Apollo-Soyouz en 1975.

L’héritage de Mercury

Le programme Mercury peut sembler modeste lorsqu’on le compare aux missions Apollo ou à la Station spatiale internationale. Pourtant, sans Mercury, aucune de ces aventures n’aurait été possible.

La NASA apprit à sélectionner et entraîner des astronautes, à communiquer avec un vaisseau en orbite, à contrôler une mission depuis le sol, à effectuer une rentrée atmosphérique et à récupérer un équipage dans l’océan.

Surtout, Mercury démontra que l’être humain pouvait vivre, travailler et piloter dans l’espace.

L’étape suivante serait Gemini, avec deux astronautes par capsule. Il faudrait alors apprendre à rester plusieurs jours en orbite, sortir dans l’espace, modifier une trajectoire, rejoindre un autre véhicule et s’y amarrer.

Puis viendrait Apollo.

Seulement huit ans séparent le vol de quinze minutes d’Alan Shepard, en mai 1961, des premiers pas de Neil Armstrong sur la Lune, en juillet 1969.

Mercury fut donc beaucoup plus qu’un programme expérimental. Il fut le premier chapitre de la grande épopée spatiale américaine. Dans leurs minuscules capsules installées au sommet de fusées encore imparfaitement maîtrisées, les hommes de Mercury acceptèrent de franchir une frontière dont personne ne connaissait réellement les dangers.

Avant de pouvoir marcher sur la Lune, il fallait d’abord apprendre à quitter la Terre. Ce fut la mission de Mercury.

1965–1966 Gemini

Le programme Gemini : apprendre à vivre et manœuvrer dans l’espace

Lorsque le programme Mercury s’achève en mai 1963, les États-Unis ont démontré qu’un homme pouvait aller dans l’espace, vivre en apesanteur, travailler en orbite et revenir sain et sauf sur Terre. Mais entre quelques heures passées autour de notre planète et un voyage vers la Lune, le chemin reste immense.

Pour tenir la promesse formulée par le président John F. Kennedy en 1961 — envoyer un homme sur la Lune et le ramener sur Terre avant la fin de la décennie — la NASA doit apprendre à maîtriser des opérations encore jamais réalisées.

Comment maintenir des astronautes plusieurs jours dans l’espace ? Comment modifier précisément une orbite ? Comment faire se rejoindre deux véhicules lancés séparément ? Comment les amarrer ? Comment sortir d’une capsule et travailler dans le vide spatial ?

Le programme Gemini est créé pour apporter les réponses.

Entre Mercury et Apollo, Gemini sera le véritable laboratoire de la conquête lunaire.

Une capsule pour deux astronautes

Le nom Gemini vient du latin gemini, « jumeaux », en référence aux deux astronautes embarqués dans chaque capsule.

Plus grande et beaucoup plus perfectionnée que Mercury, la capsule Gemini permet surtout à son équipage de réellement piloter son vaisseau. Grâce à ses moteurs de manœuvre, les astronautes peuvent modifier leur orbite, changer d’altitude et se rapprocher d’un autre véhicule spatial.

Cette capacité est fondamentale. Pour Apollo, le module lunaire devra décoller de la surface de la Lune puis retrouver en orbite le module de commande. Sans maîtrise du rendez-vous spatial, aucun retour vers la Terre ne serait possible.

Après deux vols inhabités en 1964 et janvier 1965, Gemini est prête à recevoir ses premiers équipages.

Gemini 3 : le premier vol habité

Le 23 mars 1965, Gus Grissom et John Young décollent à bord de Gemini 3, surnommée Molly Brown.

La mission ne dure que cinq heures et réalise trois orbites, mais elle marque une étape essentielle : pour la première fois, un équipage américain peut modifier volontairement l’orbite de son vaisseau.

Les astronautes ne sont plus simplement les passagers d’une capsule. Ils deviennent véritablement les pilotes d’un véhicule spatial.

Gemini 4 : le premier Américain dans le vide spatial

Le 3 juin 1965, Gemini 4 décolle avec James McDivitt et Edward White.

Pendant la mission, White ouvre l’écoutille et quitte la capsule.

Attaché au vaisseau par un cordon ombilical, il flotte dans le vide pendant une vingtaine de minutes. Il devient ainsi le premier Américain à effectuer une sortie extravéhiculaire, quelques mois après le Soviétique Alexeï Leonov.

Les images de White flottant au-dessus de la Terre deviennent emblématiques.

Mais la mission démontre également que travailler dans l’espace est physiquement beaucoup plus difficile qu’on ne l’imaginait.

Gemini 5 et Gemini 7 : apprendre à vivre longtemps dans l’espace

Un voyage vers la Lune doit durer plusieurs jours. La NASA doit donc vérifier que le corps humain peut supporter une longue période d’apesanteur.

En août 1965, Gordon Cooper et Pete Conrad, à bord de Gemini 5, restent près de huit jours dans l’espace.

Puis vient Gemini 7.

Le 4 décembre 1965, Frank Borman et Jim Lovell commencent une mission de presque 14 jours, durée comparable à celle nécessaire pour certaines futures missions lunaires.

Dans une cabine extrêmement exiguë, les deux hommes démontrent que l’être humain peut supporter une longue mission orbitale.

Gemini 6A et Gemini 7 : le premier rendez-vous

En décembre 1965 se déroule l’une des expériences les plus importantes du programme.

Alors que Gemini 7 est déjà en orbite, Gemini 6A, pilotée par Walter Schirra et Thomas Stafford, décolle le 15 décembre.

Les deux vaisseaux se rapprochent progressivement jusqu’à voler à seulement quelques dizaines de centimètres l’un de l’autre.

Pour la première fois, deux véhicules spatiaux habités réalisent un rendez-vous orbital contrôlé.

La NASA vient de maîtriser une technique indispensable pour aller sur la Lune.

Gemini 8 : le premier amarrage et une mission presque catastrophique

Le 16 mars 1966, Neil Armstrong et David Scott décollent à bord de Gemini 8.

Leur objectif est de rejoindre un véhicule cible Agena lancé auparavant.

Après plusieurs heures de manœuvres, Armstrong réussit le premier amarrage de deux véhicules en orbite.

C’est un triomphe.

Mais quelques minutes plus tard, l’ensemble commence à tourner sur lui-même. Pensant que l’Agena est responsable, Armstrong s’en sépare.

La situation empire.

Gemini 8 tourne alors de plus en plus vite, approchant une rotation par seconde. Les astronautes risquent de perdre connaissance.

Armstrong comprend qu’un propulseur de Gemini est resté bloqué. Il désactive le système principal et utilise les moteurs réservés à la rentrée atmosphérique pour stabiliser la capsule.

La mission est interrompue et l’équipage revient sur Terre.

Le sang-froid d’Armstrong contribue à sauver les deux hommes. Trois ans plus tard, il commandera Apollo 11.

Apprendre à travailler dans l’espace

Les missions suivantes perfectionnent les rendez-vous, les amarrages et surtout les sorties extravéhiculaires.

Avec Gemini 9A, Gene Cernan découvre à quel point une sortie dans l’espace peut être épuisante. Son effort devient si intense que sa visière se couvre de buée.

La NASA comprend qu’un astronaute doit disposer de prises, d’appuis et d’outils spécialement conçus pour travailler en apesanteur.

Lors de Gemini 12, en novembre 1966, Buzz Aldrin, excellent spécialiste des rendez-vous orbitaux, démontre qu’avec une préparation appropriée, il est possible de travailler efficacement dans le vide spatial.

Dix missions pour préparer Apollo

Les dix missions habitées Gemini furent :

Gemini 3 — Grissom / Young — mars 1965
Gemini 4 — McDivitt / White — juin 1965
Gemini 5 — Cooper / Conrad — août 1965
Gemini 6A — Schirra / Stafford — décembre 1965
Gemini 7 — Borman / Lovell — décembre 1965
Gemini 8 — Armstrong / Scott — mars 1966
Gemini 9A — Stafford / Cernan — juin 1966
Gemini 10 — Young / Collins — juillet 1966
Gemini 11 — Conrad / Gordon — septembre 1966
Gemini 12 — Lovell / Aldrin — novembre 1966

En moins de deux ans, les progrès sont extraordinaires.

L’école des futurs hommes d’Apollo

Gemini constitue également une formidable école pour la génération qui partira vers la Lune.

Parmi ses astronautes figurent Neil Armstrong, Buzz Aldrin, Michael Collins, Jim Lovell, Frank Borman, Pete Conrad, John Young, Gene Cernan et Thomas Stafford.

Plusieurs deviendront commandants de missions Apollo. Armstrong et Aldrin marcheront sur la Lune avec Apollo 11 ; Conrad avec Apollo 12 ; Young avec Apollo 16 ; Cernan commandera Apollo 17 et deviendra le dernier homme du programme Apollo à marcher sur la surface lunaire.

L’héritage de Gemini

Lorsque Gemini 12 amerrit le 15 novembre 1966, la NASA possède presque toutes les techniques nécessaires pour tenter l’aventure lunaire.

Les astronautes savent désormais rester longtemps dans l’espace, modifier leur orbite, effectuer des rendez-vous, s’amarrer à un autre véhicule et travailler dans le vide.

Mercury avait répondu à une question fondamentale : l’homme peut-il aller dans l’espace ?

Gemini en posa une nouvelle : peut-il réellement y travailler et y manœuvrer ?

La réponse fut oui.

Apollo pouvait désormais commencer.

Moins de trois ans après la dernière mission Gemini, Neil Armstrong et Buzz Aldrin marcheront sur la Lune. Derrière cet exploit se trouvent toutes les expériences, les difficultés et les risques assumés par les équipages Gemini.

Mercury avait ouvert la porte de l’espace. Gemini apprit aux hommes à s’y déplacer. Apollo allait leur permettre de marcher sur un autre monde.

1961–1972 Apollo

Le programme Apollo : la conquête de la Lune

Le 25 mai 1961, devant le Congrès américain, le président John F. Kennedy fixe aux États-Unis l’un des objectifs les plus audacieux de l’histoire : envoyer un homme sur la Lune et le ramener sain et sauf sur Terre avant la fin de la décennie. À cet instant, les Américains n’ont pourtant accumulé que quelques minutes de vol spatial habité. Alan Shepard vient seulement d’effectuer son premier vol suborbital.

Huit ans plus tard, Neil Armstrong marche sur la Lune.

Entre ces deux événements se trouve le programme Apollo, extraordinaire aventure scientifique, technologique et humaine qui mobilisa des centaines de milliers de personnes et transforma définitivement l’histoire de l’exploration spatiale.

De Mercury et Gemini à Apollo

Apollo ne serait pas possible sans les programmes précédents.

Avec Mercury, la NASA avait appris à envoyer un homme dans l’espace et à le ramener sur Terre. Avec Gemini, elle avait maîtrisé les rendez-vous orbitaux, les amarrages, les sorties extravéhiculaires et les vols de longue durée.

Apollo devait maintenant réunir toutes ces compétences pour atteindre un monde situé à près de 384 000 kilomètres de la Terre.

Pour y parvenir, la NASA développa une architecture complexe composée de trois éléments principaux : le module de commande, où les trois astronautes voyageaient ; le module de service, contenant notamment propulsion et ressources ; et le module lunaire, destiné à transporter deux astronautes jusqu’à la surface de la Lune.

L’ensemble était lancé par une fusée gigantesque : la Saturn V.

Haute de plus de 110 mètres, elle demeure l’une des machines les plus puissantes jamais construites.

Apollo 1 : la tragédie

La conquête lunaire commence pourtant par un drame.

Le 27 janvier 1967, les astronautes Gus Grissom, Edward White et Roger Chaffee participent à une répétition au sol dans leur capsule.

Un incendie éclate soudainement dans l’atmosphère d’oxygène pur de la cabine. Les trois hommes ne peuvent ouvrir l’écoutille à temps et meurent en quelques minutes.

La catastrophe d’Apollo 1 bouleverse la NASA.

Le programme est interrompu. La capsule est profondément modifiée, les matériaux inflammables sont remplacés et les procédures de sécurité entièrement revues.

Le sacrifice de Grissom, White et Chaffee accompagnera désormais toute l’aventure Apollo.

Apollo 7 : le retour dans l’espace

Le 11 octobre 1968, Apollo reprend ses vols habités avec Apollo 7.

Walter Schirra, Donn Eisele et Walter Cunningham testent le module de commande pendant onze jours en orbite terrestre.

La mission est un succès.

La NASA peut désormais tenter quelque chose d’infiniment plus ambitieux.

Apollo 8 : autour de la Lune

En décembre 1968, Frank Borman, Jim Lovell et William Anders décollent à bord d’Apollo 8.

Pour la première fois, des hommes quittent l’orbite terrestre et voyagent vers un autre monde.

Le 24 décembre, ils passent derrière la Lune et deviennent les premiers humains à voir directement sa face cachée.

Au cours de la mission, William Anders photographie la Terre apparaissant au-dessus de l’horizon lunaire. Cette photographie, Earthrise, deviendra l’une des images les plus célèbres du XXe siècle.

Apollo 8 démontre que le voyage vers la Lune est possible.

Apollo 9 et Apollo 10 : les répétitions générales

En mars 1969, Apollo 9 teste le module lunaire en orbite terrestre.

Puis, en mai, Apollo 10 réalise la répétition générale du premier alunissage.

Thomas Stafford et Gene Cernan descendent à bord du module lunaire jusqu’à environ 15 kilomètres de la surface, avant de rejoindre John Young dans le module de commande.

Tout est désormais prêt.

Apollo 11 : « Eagle has landed »

Le 16 juillet 1969, Saturn V décolle du Kennedy Space Center avec Neil Armstrong, Buzz Aldrin et Michael Collins.

Quatre jours plus tard, Armstrong et Aldrin prennent place dans le module lunaire Eagle, tandis que Collins demeure en orbite à bord de Columbia.

La descente est difficile. L’ordinateur déclenche plusieurs alarmes et Armstrong constate que la zone prévue est couverte de rochers. Il prend partiellement le contrôle et cherche un endroit plus sûr.

Le carburant diminue dangereusement.

Puis vient le message :

« Houston, Tranquility Base here. The Eagle has landed. »

Le 20 juillet 1969, l’humanité vient de se poser sur un autre monde.

Quelques heures plus tard, Armstrong descend l’échelle d’Eagle et pose le pied sur la surface lunaire.

Buzz Aldrin le rejoint.

Pendant environ deux heures et demie, les deux hommes installent des instruments scientifiques, photographient le paysage et recueillent des échantillons.

Michael Collins, seul dans Columbia, poursuit ses orbites autour de la Lune.

Le 24 juillet, les trois astronautes reviennent sur Terre.

Le défi lancé par Kennedy est accompli.

Apollo 12 : confirmer l’exploit

En novembre 1969, Pete Conrad et Alan Bean, accompagnés de Richard Gordon, démontrent avec Apollo 12 que l’alunissage d’Apollo 11 n’était pas un exploit impossible à reproduire.

Le module lunaire Intrepid se pose avec une remarquable précision près de la sonde Surveyor 3.

Apollo devient désormais un véritable programme d’exploration scientifique.

Apollo 13 : l’échec réussi

Le 11 avril 1970, Apollo 13 décolle avec Jim Lovell, Jack Swigert et Fred Haise.

Deux jours plus tard, une explosion endommage gravement le module de service.

La mission lunaire est abandonnée.

La priorité devient immédiatement de ramener les astronautes vivants.

Le module lunaire Aquarius est transformé en véritable canot de sauvetage. Astronautes et contrôleurs au sol improvisent des solutions pour économiser l’électricité, l’eau et l’oxygène.

Après avoir contourné la Lune, Apollo 13 revient vers la Terre.

Le 17 avril, les trois hommes amerrissent sains et saufs.

La mission est considérée comme un extraordinaire exemple de maîtrise technique et de coopération entre l’équipage et les équipes au sol.

L’âge d’or de l’exploration lunaire

Les missions suivantes deviennent de véritables expéditions scientifiques.

Apollo 14, en 1971, permet à Alan Shepard — premier Américain dans l’espace dix ans auparavant — de marcher sur la Lune avec Edgar Mitchell.

Apollo 15 inaugure l’utilisation du Lunar Roving Vehicle, la célèbre voiture lunaire. David Scott et James Irwin peuvent ainsi explorer des régions beaucoup plus éloignées de leur module.

Apollo 16, avec John Young et Charles Duke, explore les hauts plateaux lunaires.

Enfin, Apollo 17 décolle en décembre 1972 avec Gene Cernan, Harrison Schmitt et Ronald Evans. Schmitt est géologue, donnant à cette dernière expédition une dimension scientifique particulièrement importante.

Le 14 décembre 1972, Gene Cernan remonte dans le module lunaire.

À ce jour, il demeure le dernier homme à avoir marché sur la Lune.

Les missions Apollo

La progression fut spectaculaire :

Apollo 1 — Grissom, White, Chaffee — tragédie au sol, 1967
Apollo 7 — premier Apollo habité en orbite terrestre, 1968
Apollo 8 — premiers hommes autour de la Lune, 1968
Apollo 9 — test du module lunaire, 1969
Apollo 10 — répétition générale autour de la Lune, 1969
Apollo 11 — premier alunissage humain, 1969
Apollo 12 — deuxième alunissage, 1969
Apollo 13 — mission interrompue après une explosion, 1970
Apollo 14 — troisième alunissage, 1971
Apollo 15 — quatrième alunissage et première utilisation du rover, 1971
Apollo 16 — cinquième alunissage, 1972
Apollo 17 — sixième et dernier alunissage du programme, 1972.

Au total, 24 hommes voyagèrent jusqu’à la Lune et 12 marchèrent sur sa surface.

L’héritage d’Apollo

Apollo constitue l’un des sommets de l’histoire scientifique et technologique du XXe siècle.

Les six missions ayant réussi un alunissage rapportèrent sur Terre environ 382 kilogrammes de roches et de matériaux lunaires, permettant de mieux comprendre l’origine et l’évolution de la Lune.

Mais l’héritage d’Apollo dépasse la science.

Pour la première fois, l’humanité avait quitté son monde d’origine pour atteindre un autre corps céleste.

Mercury avait démontré que l’homme pouvait aller dans l’espace.

Gemini lui avait appris à y vivre et à y manœuvrer.

Apollo lui permit d’atteindre un autre monde.

Aujourd’hui, avec le programme Artemis, la NASA prépare le retour des astronautes vers la Lune. Plus d’un demi-siècle après Apollo 17, l’objectif n’est plus seulement d’y planter un drapeau, mais d’apprendre à y séjourner durablement et à préparer un jour le voyage vers Mars.

Entre le vol de quelques minutes d’Alan Shepard en 1961 et les dernières traces de Gene Cernan dans la poussière lunaire en 1972, à peine onze années se sont écoulées.

Onze années durant lesquelles une ambition presque impossible devint réalité.

Apollo reste ainsi le moment où, pour la première fois dans son histoire, l’humanité regarda un autre monde et put dire : nous y sommes allés.

© NEIL ARMSTRONG / NASA L'astronaute Buzz Aldrin marche sur la Lune aux côtés de Neil Armstrong qui le photographie.
Photo Neil ARMSTRONG/NASA/AFP
Photo NASA

1969–1972 On a marché sur la lune

Les Hommes de la Lune

De Tintin à Cernan — chronique des voyageurs du monde silencieux

Il existe des frontières que les hommes dessinent sur les cartes, et d’autres que le ciel place devant eux.

Longtemps, la Lune appartint à cette seconde catégorie.

Elle était la lampe des caravanes, la compagne des marins, le calendrier des paysans et le royaume des poètes. Alexandre la contempla peut-être en marchant vers l’Inde. Colomb la vit se lever sur l’Atlantique. Cook la suivit au-dessus du Pacifique. Mais aucun d’eux ne pouvait imaginer qu’un jour des hommes laisseraient réellement leurs empreintes dans sa poussière.

Avant les astronautes, pourtant, un jeune reporter l’avait déjà atteinte.

Il s’appelait Tintin.

Tintin — Le précurseur imaginaire

En 1950, lorsque Hergé commence à imaginer Objectif Lune, aucun homme n’est encore allé dans l’espace.

Spoutnik n’existe pas. Gagarine est encore inconnu. Armstrong est pilote. Kennedy n’est pas président.

Et pourtant, à bord d’une fusée rouge et blanche partie de Syldavie, Tintin, le capitaine Haddock, le professeur Tournesol et leurs compagnons prennent la route de la Lune.

Dans On a marché sur la Lune, publié en album en 1954, Tintin foule le sol lunaire quinze ans avant Apollo 11.

Certes, il s’agit d’un personnage imaginaire. Mais les rêves précèdent souvent les grandes explorations.

Avant que les ingénieurs ne construisent les vaisseaux, il faut que quelqu’un ose imaginer qu’ils puissent exister.

Tintin fut de ceux-là.

Puis la fiction céda la place à l’Histoire.


NEIL ARMSTRONG

Le premier homme

Apollo 11 — 20 juillet 1969

Neil Armstrong n’avait rien d’un conquérant cherchant la gloire.

Il était ingénieur, pilote d’essai, ancien pilote de guerre. Un homme calme, précis, presque effacé.

Le 20 juillet 1969, pourtant, toute l’humanité semblait voyager avec lui.

À bord du module lunaire Eagle, Armstrong et Buzz Aldrin descendaient vers la mer de la Tranquillité tandis que Michael Collins poursuivait seul ses orbites autour de la Lune.

La zone prévue était mauvaise.

Des rochers.

Des cratères.

Armstrong prit les commandes.

Le carburant diminuait.

Soixante secondes.

Puis trente.

Enfin :

« The Eagle has landed. »

Quelques heures plus tard, Armstrong descendit l’échelle.

Il posa le pied gauche sur la poussière.

Pour la première fois depuis que l’homme existait, l’un des siens se tenait sur un autre monde.

Il n’avait pas conquis la Lune.

Il l’avait atteinte.


BUZZ ALDRIN

Le deuxième homme

Apollo 11 — 20 juillet 1969

Derrière Armstrong descendit Edwin “Buzz” Aldrin.

Pilote de chasse, ingénieur et spécialiste des rendez-vous orbitaux, Aldrin était différent d’Armstrong : plus démonstratif, plus ardent.

Lorsqu’il contempla le paysage lunaire, il trouva deux mots magnifiques pour le décrire :

« Magnificent desolation. »

Une magnifique désolation.

Autour de lui, aucune rivière, aucun arbre, aucun vent.

Seulement la poussière grise, les cratères et un ciel absolument noir dans lequel brillait la Terre.

Armstrong et Aldrin restèrent environ deux heures et demie à l’extérieur d’Eagle.

Puis ils repartirent.

La Lune avait reçu ses deux premiers visiteurs.


PETE CONRAD

Le marin rieur

Apollo 12 — 19 novembre 1969

Quatre mois plus tard arriva Charles “Pete” Conrad.

Petit, énergique, jovial, marin et pilote d’essai, Conrad semblait considérer l’espace comme une formidable aventure.

Apollo 12 avait une mission : démontrer que l’on pouvait revenir sur la Lune avec précision.

Conrad et Alan Bean se posèrent dans l’Océan des Tempêtes, presque exactement à l’endroit prévu, près de la sonde Surveyor 3.

En descendant de l’échelle, Conrad plaisanta sur sa petite taille.

L’époque héroïque n’excluait pas l’humour.

La Lune commençait presque à devenir un territoire d’exploration.


ALAN BEAN

Le peintre de la Lune

Apollo 12 — 19 novembre 1969

Le quatrième homme fut Alan Bean.

Il était pilote, ingénieur, astronaute.

Mais quelque chose d’autre sommeillait en lui.

Un peintre.

Lorsqu’il quitta plus tard la NASA, Bean consacra une grande partie de sa vie à peindre ce qu’il avait vu.

Car les photographies montraient la Lune.

Bean voulait raconter ce que l’on ressentait en y marchant.

Il incorpora même parfois de la poussière lunaire provenant de son équipement dans ses œuvres.

Ainsi, parmi les douze hommes, il fut peut-être celui qui transforma le plus directement l’exploration en art.


ALAN SHEPARD

Le vétéran

Apollo 14 — 5 février 1971

Dix ans auparavant, Alan Shepard avait été le premier Américain dans l’espace.

Son vol Mercury n’avait duré qu’une quinzaine de minutes.

Puis un problème médical l’avait éloigné des vols.

Beaucoup auraient accepté leur destin.

Shepard revint.

À quarante-sept ans, il commanda Apollo 14 et devint le cinquième homme à marcher sur la Lune.

Et là-haut, dans ce monde sans air, il accomplit un geste inattendu.

Il sortit une tête de club de golf adaptée à un outil lunaire et frappa une balle.

L’un des premiers astronautes américains venait de transformer, pendant quelques secondes, la Lune en terrain de golf.


EDGAR MITCHELL

Le philosophe

Apollo 14 — 5 février 1971

À côté de Shepard marchait Edgar Mitchell.

Pilote et scientifique, Mitchell fut profondément transformé par son voyage.

En regardant la Terre depuis l’espace, il ressentit intensément l’unité du monde.

Les frontières avaient disparu.

Il n’y avait plus de nations visibles.

Seulement une planète bleue flottant dans l’obscurité.

Pour Mitchell, l’exploration devint aussi une interrogation philosophique.

L’homme avait atteint la Lune.

Mais comprenait-il réellement sa propre place dans l’Univers ?


DAVID SCOTT

L’explorateur

Apollo 15 — 31 juillet 1971

Avec Apollo 15, la conquête lunaire changea de nature.

Il ne s’agissait plus simplement d’aller sur la Lune.

Il fallait désormais l’explorer.

David Scott et James Irwin se posèrent près des monts Hadley.

Ils disposaient d’une nouveauté extraordinaire : le Lunar Roving Vehicle.

La jeep lunaire.

Pour la première fois, des hommes pouvaient s’éloigner considérablement de leur module.

Scott conduisit à travers un paysage que nul être humain n’avait jamais parcouru.

La Lune n’était plus seulement un objectif.

Elle devenait un territoire.


JAMES IRWIN

L’homme des montagnes lunaires

Apollo 15 — 31 juillet 1971

James Irwin partagea avec Scott cette exploration.

Autour d’eux se dressaient les reliefs des Apennins lunaires.

Ils cherchaient des pierres capables de raconter les premiers âges du système solaire.

Ils trouvèrent notamment une roche devenue célèbre : la Genesis Rock, considérée comme un fragment très ancien de la croûte lunaire.

Irwin revint profondément marqué par cette expérience.

Comme beaucoup de voyageurs ayant atteint les extrémités du monde, il ne revint pas tout à fait identique à celui qui était parti.


JOHN YOUNG

Le vétéran des étoiles

Apollo 16 — 21 avril 1972

Lorsque John Young descendit sur la Lune, il était déjà l’un des astronautes les plus expérimentés de la NASA.

Il avait volé avec Gemini.

Il avait tourné autour de la Lune avec Apollo 10.

Avec Apollo 16, il pouvait enfin y marcher.

Young était un pilote exceptionnel, méthodique et courageux.

Sur la Lune, il conduisit le rover et explora les hauts plateaux de Descartes.

Plus tard, il commanderait encore le premier vol de la navette spatiale Columbia.

Peu d’hommes auront traversé autant d’époques différentes de l’histoire spatiale.


CHARLES DUKE

Le plus jeune

Apollo 16 — 21 avril 1972

À trente-six ans, Charles Duke devint le plus jeune homme à marcher sur la Lune.

Mais il avait déjà participé indirectement à l’une des plus grandes aventures humaines.

Trois ans auparavant, il se trouvait au contrôle de mission lors de l’alunissage d’Apollo 11.

Sa voix avait accompagné Armstrong et Aldrin.

Maintenant, c’était lui qui se trouvait là-haut.

Avant de repartir, Duke déposa sur le sol lunaire une photographie de sa famille.

Une image minuscule.

Un père, une mère, deux enfants.

Dans l’immensité silencieuse de la Lune, ce petit portrait rappelait pourquoi les explorateurs cherchent toujours à revenir.


HARRISON SCHMITT

Le scientifique

Apollo 17 — 11 décembre 1972

Avec Harrison “Jack” Schmitt, la Lune reçut un visiteur différent.

Il n’était pas d’abord pilote militaire.

Il était géologue.

La NASA envoyait enfin sur la surface lunaire un scientifique spécialement formé pour comprendre les pierres qu’il observait.

Dans la vallée de Taurus-Littrow, Schmitt étudia le terrain avec l’enthousiasme d’un naturaliste découvrant un continent inconnu.

Il découvrit notamment un étonnant sol orangé, témoignage d’anciennes activités volcaniques.

Depuis Galilée, les savants avaient observé la Lune depuis la Terre.

Schmitt, lui, pouvait se pencher et prendre ses roches dans ses mains.


GENE CERNAN

Le dernier homme

Apollo 17 — 14 décembre 1972

Puis vint Eugene “Gene” Cernan.

Il avait déjà voyagé autour de la Lune avec Apollo 10.

Avec Apollo 17, il en devint le onzième homme à fouler le sol.

Mais l’Histoire allait lui attribuer un autre titre.

Celui du dernier homme sur la Lune du programme Apollo.

Le 14 décembre 1972, Schmitt remonta dans le module lunaire.

Cernan resta quelques instants encore dehors.

Il savait.

Il savait qu’aucune mission Apollo ne suivrait.

Avant de remonter l’échelle, il regarda une dernière fois la vallée de Taurus-Littrow.

Puis il quitta la surface.

Ses empreintes sont toujours là.


LES DOUZE

Ils furent donc douze.

Neil Armstrong.
Buzz Aldrin.
Pete Conrad.
Alan Bean.
Alan Shepard.
Edgar Mitchell.
David Scott.
James Irwin.
John Young.
Charles Duke.
Harrison Schmitt.
Gene Cernan.

Douze hommes entre juillet 1969 et décembre 1972.

Six missions : Apollo 11, 12, 14, 15, 16 et 17.

À ceux-là, dans notre imaginaire, nous pouvons ajouter un treizième voyageur.

Tintin.

Il n’était jamais monté dans une véritable fusée. Il n’avait jamais respiré l’oxygène d’une combinaison spatiale ni contemplé réellement la Terre depuis la Lune.

Mais il était arrivé avant eux dans l’imagination de millions de lecteurs.

Et cela compte dans l’histoire des explorations.

Car les grandes aventures humaines commencent rarement dans les laboratoires.

Elles commencent dans les rêves.

Marco Polo rêva des routes de l’Orient.

Colomb rêva d’un passage vers l’Asie.

Magellan rêva de contourner le monde.

Les pionniers de l’aviation rêvèrent de vaincre le ciel.

Hergé rêva d’hommes marchant sur la Lune.

Puis vinrent les ingénieurs, les fusées et les astronautes.

Un soir de juillet 1969, la fiction devint réalité.

Armstrong posa son pied dans la poussière.

Et pendant trois années, onze autres hommes le suivirent.

Puis les moteurs d’Apollo 17 s’allumèrent.

Le module lunaire quitta Taurus-Littrow.

Le silence revint.

Depuis décembre 1972, aucun être humain n’a marché sur la Lune.

Mais là-haut demeurent les étages de descente des modules lunaires, les instruments scientifiques, les rovers, quelques objets personnels et surtout des empreintes que ni la pluie ni le vent ne viennent effacer.

Elles racontent une époque où l’homme décida que la distance entre la Terre et la Lune n’était plus une frontière infranchissable.

Et lorsque les prochains voyageurs descendront un jour l’échelle d’un nouveau vaisseau lunaire, ils ne seront pas véritablement les premiers d’une nouvelle histoire.

Ils reprendront simplement une piste interrompue depuis plus d’un demi-siècle.

Une piste commencée dans les livres par un jeune reporter à la houppette.

Et poursuivie, dans le monde réel, par douze hommes qui eurent l’immense privilège de regarder la Terre depuis la surface d’un autre monde.

Tintin l’avait rêvé.
Armstrong l’accomplit.
Onze hommes suivirent.
Cernan referma provisoirement la marche.

Mais dans l’histoire des explorateurs, une trace n’est jamais tout à fait une fin.

C’est une invitation à aller plus loin.